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LHF - Ligue Handisport Francophone

J’ai piloté un planeur !

Article paru dans la revue trimestrielle de la LHF.

Avril 2014, la page Facebook de la LHF  annonce qu’un stage de vol à voile, c’est-à-dire de pilotage de planeur, ouvert à des candidats paraplégiques est organisé à Maubray (Tournai), du 18 au 23 août 2014. J’ai immédiatement envoyé ma candidature. 
Après quelques échanges de courriels avec le responsable du stage, mon inscription est confirmée. Yes !

Mais, comment piloter un planeur (ou tout aéroplane) sans les pieds ?
Si le pilote valide utilise ses pieds pour actionner le palonnier, le pilote paraplégique utilise une main pour actionner le « malonnier ».  (photo 1 et/ou 2). Le principe est identique, seule la coordination des membres change. Il s’agit de conjuguer les mouvements du manche avec ceux du malonnier. Ainsi, pour virer à gauche, il faut simultanément pousser en avant le malonnier et incliner le manche vers la gauche ; et inversement pour virer à droite.

Ceci est possible grâce à l’acquisition d’un planeur adapté, un ASK 21 (photo 3), en mars 2011, par le Tournai Air Club (TAC), grâce au Handflight Fund (Fondation Roi Baudouin) et une multitude de généreux donateurs.

Naissance du projet « P4 »…

Il y a quelques années, un jeune homme paraplégique demande à un instructeur s’il peut venir piloter au TAC. L’instructeur doit répondre par la négative et se sent interpellé, frustré même. Il initie une réflexion à ce sujet au sein du club et le projet « P4 », pour « Projet Pour Pilote Paraplégique », est lancé. Quelques mois plus tard, moyennant beaucoup d’énergie et un long parcours administratif, le « K 21 » est prêt pour l’écolage des candidats pilotes paraplégiques.

Photo 1
Photo 1 : Cockpit K21 adapté

Le stage…

Le premier jour, le staff du club accueille les stagiaires ; cette année, nous sommes 14, dont 2 stagiaires paraplégiques, répartis en 3 équipes, sur 3 planeurs (2 K13 et le K21). Après un bref cours théorique sur le vol à voile, nous sortons les planeurs du hangar - opération délicate ! - et préparons chaque appareil pour le premier vol du jour (inspection technique, installation de la batterie et des documents de bord). 

Les instructeurs présentent « leurs » planeurs à leurs stagiaires ; puis, tous les planeurs sont tractés en bout de piste pour leur premier décollage de la journée.

Chaque début de journée, pendant que les planeurs sont « réveillés », le treuillard (membre du club formé à l’utilisation du treuil) sort le treuil, l’inspecte et l’installe à l’autre bout de la piste. À moins que les décollages ne s’effectuent avec l’avion remorqueur. 

En fin de journée, chacun participe à la remise des planeurs dans le hangar, après inspection extérieure, nettoyages d’usage, etc.

Vu que les stagiaires paraplégiques, les « P4 », ne savent pas apporter leur aide pour sortir et préparer les planeurs, ils y assistent attentivement, préparent les documents de bord ou prennent des photos.

Pratiquement, pour les « P4 », rien ne diffère des autres stagiaires si ce n’est l’installation dans le planeur et l’assistance aux copains prêts à décoller. Il faut d’abord sangler le parachute avant de s’installer dans le cockpit. Le transfert depuis la chaise vers le siège avant dans le cockpit est quelque peu assisté. La suite, c’est presque comme entrer dans une baignoire.

Au tout début, chacun cherche à optimaliser sa position de pilotage, en hauteur et en inclinaison. 

Dès ce moment-là, rien ne différencie le pilote « P4 » des pilotes valides, si ce n’est la présence du malonnier. Le pilote « P4 » suit les mêmes procédures pré-vol, vol et atterrissage, que les pilotes valides. Ils sont, alors, à égalité, c’est-à-dire dans les mêmes conditions que les pilotes valides ! Commence un moment de vie extraordinaire où les « P4 » peuvent goûter aux mêmes joies que nos collègues valides, voire même rivaliser avec eux.

À part cela, le déroulement du stage est identique pour tous, avec les mêmes plaisirs et les mêmes contraintes, ou presque, les « P4 » s’occupant prioritairement de tâches administratives (planche de vols du jour, carnet de vol des planeurs utilisés, etc.).

L’aventure « Vol à voile » est vraiment accessible aux candidats pilotes paraplégiques ! D’autant plus que le club dispose d’une infrastructure d’accueil permettant à un stagiaire « P4 » de loger sur place.

En tout cas, personnellement, je me suis senti accueilli dans ce club, tant par ses responsables et instructeurs que par les stagiaires. C’est ça l’intégration, non ?

À ce jour, 1 pilote « P4 » a obtenu sa licence et est devenu instructeur ; un autre a obtenu sa licence (et a acquis un planeur monoplace adapté) et un autre, cet été, a été « lâché » ; c’était Nino, mon compagnon de stage, sur K21. Il avait déjà volé, sur d’autres appareils, avant son accident, mais il a très vite retrouvé ses sensations sur des appareils adaptés, dont le K21. Il récupérera vite sa licence « planeur »!

Photo 2

Photo 2 : Les commandes du « K21 adapté »

1- Commande de largage du câble de remorquage (standard)

2- Poignée des aérofreins (adaptable, ajout d’un système de verrouillage)

3 – Malonnier (amovible)

4 – Manche (standard)


Un vieux rêve en voie de réalisation…

Pour ce qui me concerne, grâce au stage, j’ai pu réaliser un très vieux rêve : piloter un avion. Le choix du planeur s’imposait, pour le calme et la communion avec la nature et ses éléments. Outre les sensations très agréables liées au vol en lui-même, piloter mobilise tant d’attentions et d’aptitudes qu’une fois en l’air, je me sens pleinement déconnecté du quotidien mais aussi heureux et plus serein après l’atterrissage.

Je vais poursuivre ma formation, au moins jusqu’au « lâcher » et si possible jusqu’à la licence de pilote planeur, d’autant que le Handflight Fund soutient les candidats pilotes paraplégiques par une bourse.

Pour qui cela tente, je suis disponible pour en parler mais, aussi, n’hésitez pas à contacter le club de Tournai, à consulter le site du Handflight Fund, ou encore à rechercher des vidéos bien agréables sur le net (mots-clés « planeur à Maubray » ou « handiplaneur »).

Jean-Marie Degolla

Paraplégique (#D6/1985)

Stagiaire « P4 » à Maubray, août 2014

Photo 3 : Le K21 du TAC

Photo 3 : Le K21 du TAC